« Une nuit », de et avec Alex Lutz : quand Aymeric rencontre Nathalie

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Aymeric (Alex Lutz) et Nathalie (Karin Viard) dans « Une nuit », d’Alex Lutz.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Il suffit d’avoir vu Quand Harry rencontre Sally (1989), de Rob Reiner, et une poignée de comédies romantiques pour savoir qu’un accrochage prolongé entre deux inconnus peut conduire à une grande histoire d’amour. Dans Une nuit, d’Alex Lutz, la dispute providentielle a lieu dans le métro parisien : Nathalie (Karin Viard), quinqua échevelée, fonce dans une rame bondée avant que les portes ne se referment. Secoué, Aymeric (Alex Lutz), un quadra tout aussi hirsute, saisit l’occasion pour entamer avec elle une joute verbale à laquelle elle se plie volontiers : « Vous pourriez dire pardon ! /Ça va, je ne vous ai pas cassé un bras ! /Pour être désolée, il vous faut une fracture /Vous êtes de la police du ton ? »

Il ressort de ce démêlé public, tenu au lance-flammes, une furieuse connivence. Quelques secondes plus tard, un Photomaton abrite le coït des belliqueux et les berges d’un lac la suite des négociations. Ils se donnent une nuit pour s’aimer avant le retour à la vie normale, avec conjoints et enfants. On pense à Before Sunrise (1995), de Richard Linklater, dans lequel Céline (Julie Delpy), une étudiante française, accompagnait Jesse (Ethan Hawke), un Américain de passage en Europe, dans une visite de Vienne pendant les quatorze heures qui le séparaient de l’avion. Intensité de la brièveté.

Il y a chez Alex Lutz un talent certain à doter une histoire fleur bleue d’une grâce émouvante. A quoi cela tient ? Au mélodrame assumé et à une franche sympathie pour tout ce qui relève du ringard (décors, costumes, dialogues désuets…). Cinq ans après Guy, faux documentaire sur un chanteur de variété oublié, le cinéaste s’avère toujours aussi habile à faire sentir le « présent des choses passées », selon la formule de saint Augustin, qui dit bien la réalité vivace de la mémoire.

Lire le portrait : Article réservé à nos abonnés Alex Lutz, « Guy, c’est moi dans trente ans »

Un des traits remarquables d’Une nuit, présenté, en mai, en clôture de la sélection Un certain regard, au Festival de Cannes, consiste à décrire un couple naissant à la manière d’un vieux couple, avec tout ce qu’il comporte de réciprocité, de regrets et de souvenirs. A l’aune de quelques détails, il rend perceptible la complicité immédiate des flirteurs en prenant à bras-le-corps la formule courante : c’est comme s’ils se connaissaient depuis toujours.

La flânerie comme flash-back

Enquête sur le couple, Une nuit propose en guise d’amuse-gueule une réflexion tatillonne et drôle sur ses mots d’usage (« alchimie », « être le type de quelqu’un », « disponibilité », « lâcher prise »), avant de se muer en balade dans un Paris désert où Nathalie et Aymeric se doublent, s’éloignent, se retrouvent dans une perpétuelle mise à niveau… Pourront-ils se quitter et faire comme si de rien n’était ?

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