« Nous formons les élèves à une citoyenneté dans laquelle ils ne se retrouvent souvent pas »

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Présence policière autour de l’école Miriam-Makeba à Nanterre, vandalisée la veille, le 28 juin 2023.

Le vertige du pressentiment a rapidement succédé à l’effroi des images. Il était environ midi, mardi 27 juin lorsque Claire (les enseignants cités par leur prénom ont souhaité rester anonymes) a appris la mort de Nahel M., 17 ans, tué par un policier à Nanterre. « J’ai eu l’impression d’un jet de flammes sur un baril de poudre », relate l’enseignante d’histoire-géographie au lycée Joliot-Curie de la préfecture des Hauts-de-Seine, chez qui l’inquiétude monte vite quant au risque d’embrasement. Elle sait qu’une bonne partie des élèves de l’établissement vit dans les tours de la cité Pablo-Picasso, et apprend qu’ils sont très nombreux à connaître Nahel. Elle connaît aussi la tension permanente entre ces jeunes et la police. « Dans notre travail, on sent du désespoir et de la colère chez nos élèves et anciens élèves, qui peuvent les pousser à une forme de nihilisme », explique la professeure, en poste à Nanterre depuis 2009.

Comme elle, tous les enseignants de banlieues que Le Monde a interrogés observent les violences qui ont émaillé les nuits et certaines journées de centaines de communes françaises depuis mercredi avec d’autant plus d’affliction qu’une large partie des émeutiers sont en âge d’être leurs élèves : un tiers des 2 000 personnes interpellées depuis le début des troubles ont moins de 18 ans, certains sont même âgés de 12 ans. En dépit du choc, chez eux domine le fatalisme de ceux qui constatent au quotidien que la crise est profonde.

« C’était une Cocotte-Minute, déplore Chiraz, enseignante de physique-chimie dans un collège de Garges-lès-Gonesse, où la mairie a été incendiée et où des appels à s’en prendre au collège ont circulé sur les réseaux sociaux. Tous les éléments étaient réunis pour que ça tourne mal. » A commencer par la fracture entre la police et les adolescents, que la vidéo de la mort de Nahel est venue creuser un peu plus. Chiraz qui, à 35 ans, n’a « jamais eu affaire à la police que pour demander [son] chemin », travaille avec des élèves, notamment des garçons, qui, dès 11 ou 12 ans, témoignent de contrôles, de fouilles, d’invectives, de courses-poursuites avec les forces de l’ordre, voire d’altercations violentes. « Les violences policières font partie de leur vie, ils ne voient pas la police comme une protection », observe la professeure, à qui ses collègues font tous échos pour décrire un profond sentiment « d’arbitraire ».

« La violence fait partie de leur vie »

A Montreuil, Benjamin Marol entend aussi cette « peur de la police » que partagent beaucoup de ses collégiens de REP +. L’enseignant d’histoire-géographie est parfois amené à aborder les émeutes de 2005 en 3e et a face à lui certains élèves qui, bien que beaucoup trop jeunes pour avoir connu les événements, connaissent l’histoire de Zyed Benna et Bouna Traoré, morts électrocutés à Clichy-sous-Bois en 2005 en essayant de fuir un contrôle de police. Il constate surtout chez tous, ou presque, la même réaction : « Je sais qu’une partie des gens se demanderaient pourquoi ces jeunes courent s’ils n’ont rien à se reprocher mais, moi, mes élèves disent que, “évidemment”, ils partent en courant quand ils voient la police. »

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