L’opposition de la rédaction du « Journal du dimanche » à l’arrivée de Geoffroy Lejeune ne faiblit pas

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Lors d’une soirée de soutien aux employés du « Journal du dimanche », organisée par Reporters Sans Frontières au Théâtre Libre, à Paris, le 27 juin 2023.

Au cinquième jour de grève, et malgré les rencontres avec la direction qui se sont succédé dans la journée, l’apaisement n’était pas encore de mise, mardi 27 juin, au Journal du dimanche (JDD). « Pour nous, il est inconcevable que nous nous retrouvions face à Geoffroy Lejeune. Pour la direction, sa nomination est irrévocable. Nous avons donc acté la situation de blocage », explique un journaliste de l’hebdomadaire qui souhaite garder l’anonymat.

Depuis que la rédaction a appris par une information du Monde, jeudi 21 juin, que l’ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles Geoffroy Lejeune allait être nommé à sa tête, elle fait de l’abandon de ce projet un préalable à toute discussion.

Dans l’après-midi, Constance Benqué, la présidente de Lagardère News (JDD, Paris Match, Europe 1, etc.), a proposé aux membres de la Société des journalistes (SDJ) et aux élus du comité social et économique (CSE) que le journaliste proche d’Eric Zemmour présente rapidement son projet éditorial aux salariés du JDD, afin qu’ils le jugent sur pièce. Un vote devrait être organisé à ce sujet mercredi matin, au cours duquel la reconduction de la grève pourrait être décidée.

Le premier, vers 11 heures mardi, Arnaud Lagardère s’était présenté à la rédaction pour défendre « [sa] décision » de nommer Geoffroy Lejeune, comme il l’a répété à plusieurs reprises pendant un échange « tendu mais courtois » d’une cinquantaine de minutes. Répétant ce qu’il avait déclaré la veille dans une interview au Figaro, le PDG du groupe qui porte son nom, racheté par Vivendi (propriété de la famille Bolloré), a défendu un « choix économique, pas idéologique » – alors même que les ventes de Valeurs actuelles sont en baisse et les recettes publicitaires en berne.

Un air de déjà-vu

« On sait que c’est un énorme mensonge », réprouve une journaliste qui, comme l’ensemble de ses collègues, requiert l’anonymat. Tous lisent dans cette sulfureuse nomination un choix de Vincent Bolloré impossible à assumer comme tel : alors que la Commission européenne vient de donner, sous conditions, son imprimatur à l’offre publique d’achat de Vivendi sur Lagardère, la preuve que M. Bolloré aurait commencé à agir en propriétaire expose son groupe à une forte amende, pouvant aller jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires – une enquête est en cours.

« La ligne éditoriale n’est pas amenée à changer, mais il va falloir qu’on s’adapte (…) Geoffroy Lejeune n’affichera plus sa proximité avec Eric Zemmour dès lors qu’il sera au journal », a poursuivi Arnaud Lagardère, mal à l’aise et multipliant les lapsus, sans convaincre. « Il parlait “d’enquêtes iconiques” et “de diamant brut du journalisme” », mais M. Lagardère « a été absolument incapable de nous citer un article de M. Lejeune », se désole une rédactrice. « On voit qu’il ne maîtrise pas ce dont il parle », réagit une autre.

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