les prix des billets ont grimpé de 8% en juin sur un an, pourquoi est-ce si cher?

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Selon l’Insee, depuis juillet 2021, les prix des billets affichent mois après mois des augmentations annuelles supérieures à 6% et même des pics supérieurs à 14%. La SNCF conteste néanmoins ces chiffres. Explications.

C’est un constat fait par de nombreux Français: le prix des billets de train, notamment les TGV, sont de plus en plus élevés. La flambée est particulièrement forte cet été où l’addition est salée pour les destinations les plus recherchées avec des allers-simples qui peuvent atteindre trois chiffres. Au point que parfois, l’avion est moins cher pour la même destination, un comble.

L’inflation tarifaire est une réalité statistique. Tous les mois, l’Insee la calcule sur un an pour le secteur du transport par train (comme pour tous les secteurs d’activité). En juin 2023, elle s’est élevée en moyenne à +8,2% contre +8,4% un mois plus tôt. Ce qui est considérable car c’est une moyenne.

Surtout, cette inflation perdure en fait depuis juillet 2021, mois après mois, avec des augmentations annuelles moyennes supérieures à 6% et même des pics supérieurs à 14% comme en avril 2022 (+14,6% sur un an) ou en juin de la même année avec +14,9% sur un an.

Bataille de chiffres

La SNCF conteste vigoureusement ces chiffres. Son principal argument est d’affirmer que l’Insee se base sur des tarifs bruts issus de son application SNCF Connect, tarifs qui ne prennent pas en compte les cartes de réduction, notamment la carte Avantage entre les mains de 5 millions de foyers. En résumé, pour la SNCF, l’Insee ne se base pas sur ce qui est réellement payé par les consommateurs au final quand les différentes réductions sont appliquées.

L’opérateur affirme que globalement, cet été, 1 billet sur 2 vendu l’est à moins de 45 euros et qu’un billet Ouigo sur deux est vendu moins de 25 euros. Une affirmation impossible à vérifier.

La SNCF rappelle également qu’elle a appliqué “en moyenne” une augmentation de 5% sur le prix des TGV cette année, afin d’absorber une partie de la hausse de sa facture d’électricité. Elle estime mettre en place “un bouclier tarifaire” car si elle répercutait sur ses prix l’intégralité de l’augmentation de ses coûts, l’augmentation serait de près de 13%.

Ainsi, elle explique que les prix minimums TGV et TGV Ouigo (accessibles dès l’ouverture des réservations pour une période donnée) n’ont pas augmenté tout comme les grilles de prix Ouigo (1 TGV sur 5).

Des tarifs plus élevés en raison du manque de trains

Pourtant, le ressenti des clients est bien différent et les chiffres de l’Insee constituent un indicateur factuel. Ce ressenti est d’abord la conséquence de la politique de yield management appliquée par la SNCF qui s’inscrit dans une logique d’offre et de demande.

Ainsi, le prix d’une place varie en fonction de la date, de la demande, du remplissage du train au moment où la réservation est faite. Comme dans les avions. Ainsi, un siège pour une destination recherchée, pendant un week-end, réservé tardivement sera facturé au plus haut. Son prix pourra être trois fois plus élevé que la même place réservée très à l’avance pour un départ en semaine au petit matin.

La SNCF s’acharne à la répéter: la clé du prix bas est l’anticipation maximale et l’utilisation d’une carte Avantage.

Encore faut-il trouver de la place. Car la SNCF est confrontée à un problème de riche. L’appétence pour les trains ne fait que progresser mais son parc de TGV est le même (400 rames environ) que depuis avant la crise covid. Pire, certains TGV vont rouler en Espagne où la SNCF met le paquet avec Ouigo.

Avec une offre inférieure à la demande en période de pic, les trains se remplissent très vite, donc les prix augmentent encore plus rapidement. Parfois, même en anticipant, le client se retrouve face à des tarifs prohibitifs.

“On est au taquet, reconnaît ce jeudi sur RMCClément Beaune, le ministre des transports. Plus de TGV en circulation, c’est plus de places donc des prix qui baissent”.

Les nouveaux TGV M pas avant fin 2024

Malheureusement à court terme, il ne faut pas s’attendre à mieux. Les tout nouveaux TGV M (qui offrent 20% de sièges en plus) ne sont pas attendus avant fin 2024 et au compte-goutte, à raison de 12 rames par an. 12 rames supplémentaires de Ouigo sont également programmées mais là encore, il faudra attendre 2025.

Pour aller plus vite, la SNCF envisage de prolonger la vie de certains TGV en circulation, c’est le projet Botox. Des TGV qui devaient être retirés progressivement de la circulation après 35 ans de bons et loyaux service connaîtront une seconde vie en circulant 5, 10 voire 15 ans de plus.

De quoi les faire durer jusqu’à 50 ans. Mais pour le moment, il s’agit d’un projet qui n’a pas encore été validé.

La concurrence, seul levier pour faire baisser les prix

Finalement, pour mettre la main sur des billets où les prix baissent, il faut se replier sur les axes où la concurrence existe. C’est le cas de la ligne Paris-Lyon où opère Trenitalia et bientôt l’espagnol Renfe.

Ainsi, selon la plateforme Trainline, sur cette ligne, la baisse est de 44%, par rapport à la même période de 2019. Surtout, cette baisse s’intensifie. Toujours sur Paris-Lyon, fin 2022, le repli était de 40% par rapport à 2019 selon une précédente étude de Trainline.

La fonte des prix sur cet axe est évidemment dûe à la politique agressive de Trenitalia qui cherche à prendre rapidement des parts de marché, l’aller simple est vendu à partir de 35 euros. La SNCF a donc du s’aligner ou au moins modérer ses hausses de prix (elle a encore l’avantage de faire circuler bien plus de trains par jour que son concurrent).

Comme quoi, des baisses de prix sont toujours possibles. Mais seulement quand la SNCF est challengée.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business



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