l’épreuve du maintien de l’ordre

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Les émeutes urbaines sont, au côté des attentats et des manifestations de jeunes, l’épreuve intérieure la plus redoutée par les chefs d’Etat, quelle que soit leur couleur politique. Ils savent ce qui peut les déclencher, ils ne contrôlent pas ce qui peut les arrêter. La France a vécu, dans la nuit du jeudi 29 juin au vendredi 30 juin, un troisième épisode de violences et de dégradations dans plusieurs quartiers de la région parisienne et de villes de province.

Aveugles et souvent injustes dans les cibles visées, les caillassages, incendies et tirs de mortier d’artifice montrent que la colère n’est toujours pas retombée, trois jours après la mort du jeune Nahel M., 17 ans, abattu à bout portant par un policier motocycliste à l’occasion d’un refus d’obtempérer, mardi, à Nanterre (Hauts-de-Seine).

Instruit par le désastreux précédent de 2005, qui s’était soldé par vingt et un jours consécutifs de violences et de dégradations urbaines occasionnant le décès de trois personnes, Emmanuel Macron a pris l’exact contre-pied de ce qu’avait fait Jacques Chirac lorsque Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents poursuivis par des agents de la BAC, étaient morts électrocutés dans un transformateur EDF, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 27 octobre 2005. Il n’a pas laissé son ministre de l’intérieur tenter d’exonérer les forces de l’ordre ; il n’a pas attendu l’intervention du procureur pour déclarer mercredi que ce qui s’était produit était « inexplicable » et « inexcusable ».

Instruite comme tous les Français par une vidéo explicite, sa première ministre, Elisabeth Borne, a été encore plus directe en constatant que l’intervention de Nanterre n’était « manifestement pas conforme aux règles d’engagement de nos forces de l’ordre ». Jeudi soir, le policier auteur du tir a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire, après que le parquet a considéré que « les conditions légales d’usage de son arme [n’étaient] pas réunies ».

Lire aussi l’entretien avec Jacques de Maillard : Article réservé à nos abonnés « Nous sommes aujourd’hui dans une situation où domine le rapport de force et où rôde le spectre de 2005 »

Situation très tendue et très incertaine

N’en déplaise au Rassemblement national et à la droite, qui ont accusé le chef de l’Etat d’être intervenu de façon intempestive en faisant fi de la séparation des pouvoirs, la rapidité avec laquelle la bavure policière a été reconnue et condamnée au plus haut niveau ainsi que l’incarcération du policier qui en est résultée étaient parfaitement conformes à la doctrine de l’ordre républicain. Si elles n’ont pas empêché la colère de se déverser durant une nouvelle nuit, du moins ont-elles évité d’ajouter une couche supplémentaire au sentiment d’injustice qui nourrit les révoltes sporadiques des quartiers populaires.

La difficulté pour Emmanuel Macron sera de tenir cette position dans la durée, alors qu’à peine sorti du long conflit des retraites il a de nouveau besoin du concours des forces de l’ordre pour redevenir maître d’une situation qui reste à la fois très tendue et très incertaine. Pas moins de 40 000 policiers ont été mobilisés la nuit de jeudi à vendredi dans une ambiance plombée par l’incarcération de l’un des leurs. Ces derniers mois, les syndicats de policiers étaient à l’offensive pour exiger plus de moyens d’action et de défense.

Un an avant l’élection présidentielle de 2022, le principal d’entre eux, Alliance, avait réussi une démonstration de force devant l’Assemblée nationale en fustigeant ouvertement le laxisme de la justice. Si la bavure qui vient de se produire l’oblige à une relative retenue, elle n’entrave en rien sa détermination à peser sur la doctrine du maintien de l’ordre. C’est ce bras de fer larvé que doit remporter Emmanuel Macron dans un contexte particulièrement périlleux

Le Monde



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