lancement du premier réacteur nucléaire depuis plus de 30 ans

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Après plusieurs années de retard et un coût de construction qui a doublé, l’unité 3 de la centrale Vogtle, en Géorgie, vient de commencer à fournir de l’électricité. Contrairement à l’objectif initial, il n’est pas certain que ce lancement sera suivi d’autres réacteurs nucléaires.

Les États-Unis renouent avec le nucléaire… mais pour combien de temps? L’entreprise Georgia Power a annoncé vendredi que l’unité 3 de la centrale nucléaire Plant Vogtle, avait commencé à fournir de l’électricité commerciale au réseau de l’État de Géorgie. Le dernier réacteur nucléaire construit sur le sol américain remontait à plus de trois décennies.

D’une puissance de 1.100 mégawatts, Vogtle 3 devait initialement entrer en service il y a sept ans lorsque le projet a été autorisé en 2012. “En cours de route, la compagnie n’a cessé de revoir à la hausse les estimations de coûts, repoussant les délais petit à petit”, explique au Financial Times Bob Sherrier, avocat au Southern Environmental Law Center qui s’est opposé au projet.

“À chaque fois, les coûts étaient augmentés juste assez pour qu’ils restent dans les limites de la justification et qu’il soit logique d’aller de l’avant. Mais à chaque fois, ils se trompaient lourdement dans leurs estimations.”

À l’origine, le coût de la paire de réacteurs 3 et 4 de Vogtle était estimé à 14 milliards de dollars: il a finalement plus que doublé pour dépasser les 30 milliards de dollars dont plus de la moitié étant à la charge de Georgia Power qui détient une part de 45% du projet.

L’autre projet de paire en Caroline du Sud abandonné en 2017

Le projet Vogtle s’inscrivait dans un contexte de regain d’intérêt de la sphère politique américaine pour l’énergie nucléaire en 2008. La paire de réacteurs en Géorgie devait être la première d’une série d’une dizaine de nouvelles infrastructures à travers le pays mais cette renaissance de la filière nucléaire a été contrecarrée par la catastrophe de Fukushima en 2011 puis par la chute des prix du gaz naturel. Finalement quatre réacteurs ont été lancés mais la paire de Vogtle est la seule qui aura été construite, le projet VC Summer en Caroline du Sud étant abandonné après la faillite de l’entreprise Westinghouse en 2017.

“Nous avons montré que même si nous avons eu beaucoup de bleus et qu’on nous a traités de tous les noms, nous maintiendrons le cap”, a déclaré auprès du quotidien britannique Lauren McDonald, membre de la commission des services publics de la Géorgie.

Ce n’est qu’à la mise en service de l’unité 4 de Vogtle, prévue au début de l’année 2024, que la commission décidera de la manière dont les coûts de Georgia Power seront répercutés sur les clients de l’État. L’association de consommateurs Georgia Watch chiffre à 900 dollars la hausse de la facture des contribuables locaux pour couvrir les coûts de construction mais les factures d’électricité devraient encore augmenter de 3% en moyenne, soit environ 3,8 dollars, avec l’entrée en service de l’unité 3. Une hausse qui devrait même se situer entre 10 et 13% avec la finalisation de la paire de réacteurs.

“Les investisseurs ne sont pas intéressés”

Les partisans américains de l’atome espèrent que l’épisode Vogtle servira de leçon dans la gestion de projets ultérieurs alors que le législateur a déjà injecté plusieurs milliards de dollars afin d’entretenir les centrales nucléaires vieillissantes du pays mais aussi pour développer des technologies avancées dans ce domaine. Le vice-président du Nuclear Energy Institute en charge de la politique et des affaires publiques John Kotek a lui-même formulé ce souhait:

“Bien que l’expérience de Vogtle se soit déroulée différemment de ce que l’on espérait au départ, elle a permis de tirer un grand nombre d’enseignements qui profiteront à de nombreux projets nucléaires à venir.”

Mais cette optimisme se heurte à la dure réalité du secteur: malgré le développement de micro-réacteurs et de petits réacteurs modulaires, aucun autre réacteur traditionnel à eau légère à grande échelle n’est en cours de construction outre-Atlantique. Et pour cause, les investisseurs sont découragés par les retards et surcoûts des derniers projets. “La seule raison pour laquelle on assiste à une renaissance du nucléaire est que le gouvernement fédéral y consacre des dizaines de milliards de dollars, confirme David Schlissel, de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis. Les investisseurs ne sont pas intéressés.”

D’après le Nuclear Energy Institute, plus de la moitié de l’électricité de Géorgie sera désormais produite par des sources d’énergie sans carbone, essentiellement de nature nucléaire. Avec cette nouvelle paire, Vogtle deviendra en effet la seconde plus grande centrale électrique des Etats-Unis en termes de capacité, derrière le barrage hydroélectrique de Grand Coulee dans l’État de Washington, au nord-ouest du pays.

“Si ce projet n’est pas mené à bien dans l’État de Géorgie, aucune autre centrale nucléaire ne sera construite aux États-Unis pendant des décennies”, estime Lauren McDonald.



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