En Thaïlande, le réformiste « Pita » bloqué aux portes du pouvoir, malgré sa victoire aux législatives

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Le chef de file du parti Move Forward, Pita Limjaroenrat, dit « Pita », le 13 juillet 2023, à Bangkok.

En Thaïlande, le réformiste Pita Limjaroenrat, dit « Pita », vainqueur des élections législatives du 14 mai, a perdu, jeudi 13 juillet, le vote au Parlement pour devenir premier ministre : les sénateurs fidèles à l’armée ont rejeté sa candidature, jugée trop radicale, malgré le risque de nouvelles manifestations, dans un royaume fracturé.

La deuxième économie d’Asie du Sud-Est, empêtrée dans une série de crises politiques, traverse une période d’instabilité, deux mois après le scrutin qui a infligé un revers cuisant aux généraux au pouvoir depuis le coup d’Etat de 2014.

Vainqueur des législatives sous la bannière du parti Move Forward (« allez de l’avant »), Pita se heurte au système contrôlé par les élites conservatrices royalistes, qui lui reprochent ses ennuis judiciaires et son projet de réviser la loi sur le crime de lèse-majesté. La défaite du candidat progressiste, visage du renouveau politique, ravive le scénario de manifestations massives autour du Parlement, protégé par un important dispositif de sécurité.

Malgré le soutien d’une coalition majoritaire à la Chambre basse (312 députés sur 500), Pita n’a pas obtenu la soixantaine de voix de sénateurs dont il avait besoin pour atteindre le seuil requis de 375 voix. Alors que le scrutin était en cours, plus de la moitié des participants ont choisi de voter contre ou de s’abstenir, selon un comptage de l’Agence France-Presse, ne laissant plus aucune chance à Pita, seul candidat déclaré pour le moment.

« Je ne vais pas abandonner », a réagi le député, en promettant une nouvelle stratégie pour convaincre les sénateurs, nommés par l’armée, qui s’opposent à sa nomination. « Ce n’est pas un vote sur moi ou Move Forward, mais un vote pour donner une chance à la Thaïlande de retourner à la normalité », avait-il plaidé avant l’ouverture du vote.

Accusé de vouloir « renverser » la monarchie

Télégénique, souriant, à l’aise en anglais, Pita, 42 ans, personnifie la rupture souhaitée par les jeunes, qui étaient descendus dans les rues par milliers en 2020 pour réclamer une refonte en profondeur de la monarchie. Nouvelle Constitution, abolition du service militaire obligatoire, légalisation du mariage pour tous… Son programme de rénovation vise à tourner la page d’une quasi-décennie sous l’autorité de l’ex-général putschiste Prayuth Chan-o-cha, qui a vu les libertés fondamentales reculer et l’économie stagner.

Mais cette activité a exposé Move Forward et son chef de file à des poursuites judiciaires. Les concernés estiment que celles-ci visent à les détourner du pouvoir.

Pita est accusé dans deux affaires distinctes, qui font planer la menace d’une disqualification. Le président de la commission électorale a préconisé une suspension de ses fonctions parlementaires, en raison d’actions qu’il possédait dans une chaîne de télévision au moment de la campagne. Le député, qui se défend de toute manœuvre illégale, risque la perte de son siège, une peine de prison et un bannissement de la vie politique pendant vingt ans.

Dans un autre dossier, la Cour constitutionnelle a déclaré recevable la plainte d’un avocat qui accuse Pita et Move Forward de vouloir « renverser » la monarchie.

La question de la place du roi dans la société a occupé les discussions dans l’hémicycle, autour de la loi controversée réprimant le crime de lèse-majesté. Move Forward défend, seul, une réforme du texte, dont la formulation floue laissant place à l’interprétation a été détournée à des fins politiques pour faire taire toute contestation, selon des groupes de défense des droits. Le camp conservateur refuse toute modification de ce symbole, au nom du statut intouchable du roi, considéré comme une quasi-divinité.

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Députés et sénateurs se réuniront autant de fois que nécessaire, avec la possibilité qu’un candidat jugé plus consensuel, issu d’un autre parti, emporte le poste.

Le puissant mouvement d’opposition Pheu Thai, arrivé deuxième aux législatives et qui s’est rallié à Move Forward, a la possibilité de présenter un de ses cadres : Paetongtarn Shinawatra, la fille de l’ex-premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, la bête noire de l’armée ; ou l’homme d’affaires Srettha Thavisin.

Le Monde avec AFP



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