écourter les congés d’été, une mauvaise idée pour les acteurs du tourisme

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Raccourcir les vacances d’été ne profiterait ni aux vacanciers ni aux professionnels du tourisme. Interrogés par BFM Business, des acteurs du secteur ont soulevé plusieurs problèmes: surtourisme, hausse des prix, baisse des bénéfices… Une mauvaise idée donc, à moins, nous disent certains, de changer les règles.

Emmanuel Macron a mis sur la table en début de semaine un sujet qui promet de diviser: le raccourcissement des vacances scolaires d’été qui sont, selon lui, trop longues.

Bien qu’aucun calendrier n’ait été dévoilé à la suite de cette annonce et que sa mise en œuvre soit donc loin d’être actée, cette perspective ne réjouit pas les professionnels du tourisme pour qui la saison estivale est cruciale.

“Je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle,” dit Jean-Virgile Crance, président de la Confédération des acteurs du tourisme (CAT).

Cela dit, une telle mesure, si elle est judicieusement appliquée, ne les desservirait pas, nuancent certains.

Surtourisme et hausse des prix

“Si on réduit les vacances d’été, on va mécaniquement concentrer les flux touristiques sur une période plus courte” explique Jean-Virgile Crance.

Le surtourisme serait donc la conséquence inévitable d’un raccourcissement des congés d’été, dit-il, ce qui irait à l’encontre du plan récemment dévoilé par le gouvernement pour mieux réguler les flux de vacanciers et notamment les pics de fréquentation de certains lieux touristiques. La France est la première destination touristique mondiale et certains sites sont submergés de visiteurs, notamment en été.

C’est “extrêmement important de garder 8 semaines d’été” dit-il encore. Le président de l’Umih Paris Île-de-France, Frank Delvau, est d’accord.

“On est plutôt pour l’étalement” car, souligne-t-il, des congés restreints auraient, entre autres, “un effet inflationniste”.

Les prix des hôtels, restaurants, transports et activités augmenteraient face à une demande plus forte sur une période plus courte. Les vacanciers paieraient plus chers.

“Moins on étale, moins on fait de chiffre d’affaires”

Un handicap pour les ménages mais aussi pour le secteur qui verrait ses bénéfices baisser, explique Christophe Souques Bonnet, vice-président de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) Nice-Côte d’Azur Cafetiers Restaurateurs, à BFM Business. Raccourcir les congés d’été, qui dure actuellement 8 semaines en France, entrainerait nécessairement une baisse du chiffre d’affaires des lieux de restauration et des hôtels, dit-il. “Moins on étale, moins on fait de chiffres d’affaires,” a-t-il expliqué. La baisse serait pondérée par la hausse des prix mais réelle car “on ne pourra pas mettre plus de monde au même endroit”.

C’est d’autant plus vrai à Nice, où Christophe Souques Bonnet se trouve. Deuxième ville la plus touristique de France après Paris, d’après son office du tourisme, elle accueille cinq millions de visiteurs par an et 40% des Niçois travaillent, directement ou indirectement, pour le tourisme.

Des bénéfices rognés mais aussi des difficultés de recrutement accrues, explique le président de la CAT Jean-Virgile Crance. Pour les activités saisonnières, les entreprises emploient beaucoup de lycéens et étudiants or s’ils ont moins de vacances, les problèmes de recrutement seront nécessairement amplifiés, dit-il.

“Le zonage, ça a fait ces preuves”

Ecourter les congés, une mauvaise idée donc… sauf si elles sont réorganisées de façon intelligente, estime Didier Arino, directeur général du cabinet de conseil Protourisme. Il pense au “zonage”.

“Le zonage ça a fait ses preuves […] Quitte à avoir une réduction de la durée des vacances,” dit Didier Arino. Il s’agirait, à l’instar des autres vacances comme celle d’hiver ou de la Toussaint, d’avoir une rentrée des classes décalée en fonction de zones géographiques définies. Ainsi les vacances, bien que plus courtes, n’entameraient pas la meilleure saison des profesionnels du tourisme.

Cela se fait en Allemagne, où la date de rentrée diffère par région, et permettrait de faire baisser les prix qui, au contraire, augmenteraient si la demande touristique était plus concentrée, note Didier Arino. “Les professionnels du tourisme n’y perdraient rien et les vacanciers y gagnent.”

Jean-Virgile Crance considère cependant que cela rendrait les regroupements familiaux plus difficiles. Ouvert à la discussion, le président de la CAT appelle à la mise en place d’organisme d’échanges entre les secteurs du tourisme et de l’éducation nationale pour s’accorder sur des évolutions, a-t-il dit.

Un débat qui date

“On est dans un fatalisme hallucinant dans notre métier, on passe notre temps à s’adapter,” lance Christophe Souques Bonnet.

S’il y a de la résignation dans ses paroles, il tempère pourtant la possibilité qu’une telle mesure voit le jour bientôt. “Ce n’est pas un de nos sujets d’inquiétudes du moment,” dit également Frank Delvau tandis que pour Didier Arino, ce sujet est même “un vieux serpent de mer”.

En effet, le débat n’est pas nouveau. Lors de la dernière campagne présidentielle, le candidat écologiste, Yannick Jadot proposait d’écourter les congés d’été tandis que Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale de 2012 à 2014, prônait lui une pause de six semaines entre juillet et août.



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