des villes touchées par les émeutes choisissent d’annuler les festivités

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Un pompier éteint les restes de l'incendie d'un magasin de décoration d'intérieur, pris pour cible dans la nuit du 29 au 30 juin 2023.

A Montargis (Loiret), « on n’a pas trop envie de faire la fête » pour le 14-Juillet, assure le maire (Les Républicains, LR), Benoît Digeon. Deux semaines après les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel M., 17 ans, tué par un policier lors d’un contrôle routier le 27 juin à Nanterre, « on est encore en train de relever la ville », rapporte l’élu de 70 ans, sans dissimuler son agacement.

Quatre-vingts magasins de cette commune de 15 000 habitants ont été dégradés et quinze pillés dans la nuit du 29 au 30 juin. Deux autres immeubles, dont l’un abritait une pharmacie, ont été incendiés. « Il va nous falloir un peu de temps pour effacer les traces [des violences urbaines] et encaisser tout ça », résume Benoît Digeon. Dans ce contexte, l’édile a annulé le feu d’artifice et les bals prévus le soir du 13 juillet. A défaut de renforts policiers – « L’Etat nous abandonne », dit-il –, le maire préfère « jouer la carte de la prudence ». En outre, il ne veut pas « sursolliciter » des agents municipaux et des pompiers « déjà épuisés ».

« Les élus et habitants que j’ai croisés sur le terrain sont effectivement assez inquiets dans la perspective de la fête nationale et de possibles nouveaux incidents », a reconnu la première ministre, Elisabeth Borne, dans un entretien au Parisien, samedi 8 juillet. En conséquence, la cheffe du gouvernement a promis que des moyens sécuritaires « massifs » seront déployés pour l’occasion. En outre, un décret publié dimanche interdit jusqu’au 15 juillet inclus pour les particuliers la « vente », le « port » et le « transport » de mortiers d’artifice, très prisés des émeutiers. Cette interdiction ne s’applique pas aux professionnels ou aux communes qui organisent des feux d’artifice pour la fête nationale, est-il précisé.

Principe de précaution

Mais les propos de la première ministre n’ont pas suffi à rassurer tous les élus. A l’instar de Montargis, d’autres municipalités, sonnées à la suite des émeutes ou redoutant un nouvel embrasement, ont décidé de renoncer aux festivités du 14-Juillet. Du reste, « il faut malheureusement s’attendre à une résurgence des violences urbaines » le week-end du 14-Juillet, a déclaré, mercredi 12 juillet sur Franceinfo, Grégory Joron, secrétaire national d’Unité SGP Police-Force ouvrière, premier syndicat de gardiens de la paix.

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Pour prévenir les incidents, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a communiqué mercredi sur le déploiement d’un « dispositif exceptionnel » de « 130 000 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers » les 13 et 14 juillet. Chaque soir, « 45 000 policiers et gendarmes seront spécifiquement mobilisés pour lutter contre les violences », a-t-il ajouté, alors que plusieurs villes avaient d’ores et déjà annoncé renoncer aux festivités.

Ainsi, « en raison du contexte et des avis défavorables de la police nationale », Savigny-sur-Orge (Essonne), qui a connu une nuit agitée du 29 au 30 juin, a averti ses habitants de l’annulation du feu d’artifice du 13 juillet. Tout comme Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ou encore Nanterre, épicentre des émeutes. Pourtant épargnées par les troubles, les villes de Maisons-Alfort, Charenton-le-Pont et Saint-Maurice (Val-de-Marne) ont pris une décision similaire, « par précaution » et en raison « d’importantes contraintes de sécurité ». « C’est donc avec regret, mais en toute conscience et responsabilité que les maires ont fait ce choix », soulignent les élus dans un communiqué.

Des habitants « un peu sidérés »

« Evidemment que ce n’est pas de gaieté de cœur », insiste le maire LR d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Bruno Beschizza, qui a lui aussi tiré un trait sur son feu d’artifice. « Les élus font face à des injonctions contradictoires : d’un côté réaffirmer les symboles de la République en ce jour de fête nationale, et de l’autre assurer la sécurité des habitants », explique l’édile de 55 ans. « Pas certain de pouvoir compter sur le soutien de l’Etat » afin d’organiser l’événement « sereinement », cet ancien commandant de police a privilégié la prudence. Les sapeurs-pompiers ont également fait savoir qu’ils annulaient leur traditionnel bal. « Je préfère les savoir sur le pont, au cas où », glisse-t-il.

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Par ailleurs, Bruno Beschizza met en avant une ville marquée par « les stigmates » des émeutes, avec des habitants « un peu sidérés et qui veulent du calme ». La commune de 90 000 habitants a en effet été durement touchée par les violences. Une partie de la cité des 3 000 a été plongée dans l’obscurité par les émeutiers. De jeunes hommes cagoulés ont bloqué la rue Delacroix, un axe qui traverse la cité, avec des barricades et ont provoqué d’importants dégâts. De nombreux véhicules et trois supérettes, notamment, ont été incendiés. Un bus a été détourné puis brûlé. « Un feu d’artifice, ça coûte le prix d’un autocar, voilà », déplore Bruno Beschizza, qui réclame auprès de l’Etat des moyens d’urgence pour rétablir les services publics.

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Dans certaines villes, le contexte sécuritaire s’est ajouté à une autre problématique : le risque d’incendie lié à la sécheresse. Ainsi, la préfecture du Val-d’Oise a prohibé les feux d’artifice à moins de deux cents mètres d’une zone boisée. Une condition compliquant grandement l’organisation des festivités à Jouy-le-Moutier, comme l’écrit le maire (Divers gauche), Hervé Florczak, sur Facebook : « En quête d’un nouveau lieu (…) nous y étions presque jusqu’à ce que surviennent les derniers événements [qui ont rendu] inconcevable de tenir un feu d’artifice. »





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