découvrez la colombophilie, entre passion et business

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Image extraite du documentaire de Gavin Fitzgerald « Une course, des pigeons et des millions ».

ARTE – LUNDI 3 JUILLET À 00 H 30 – DOCUMENTAIRE

Armando, adjugé 1,25 million d’euros (1,4 million de dollars) en 2019 ; New Kim, vendu 1,6 million d’euros en 2020 (2 millions de dollars) : rien d’étonnant pour des sportifs a priori, si ce n’est qu’Armando et New Kim sont… deux pigeons. Les prix astronomiques atteints lors des ventes aux enchères sur le site PIPA Pigeon Paradise (Pipa.be) par ces deux compétiteurs ailés surprennent d’autant plus que la colombophilie reste associée dans l’imaginaire collectif à celle de gentils amateurs un peu farfelus et vieillissants.

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C’est oublier la révolution provoquée, depuis le début du XXIe siècle, par l’apparition des courses de pigeons voyageurs « à colombier unique », dont les dotations ont explosé. A la première d’entre elles, née en Afrique du Sud il y a un quart de siècle, les compétiteurs ne tentent plus de remporter un panier de victuailles, mais 1 million de dollars. Et cela change tout.

Cinq courses de ce type existent aujourd’hui. Afin de saisir les répercussions planétaires de cette financiarisation, le réalisateur irlandais Gavin Fitzgerald est parti à la rencontre de passionnés, aux profils divers – la colombophilie abolit les barrières sociales, c’est connu. Il en rapporte un film subtil et attachant, à lectures multiples.

« Sport » méconnu

Il fait tout d’abord découvrir un « sport » méconnu, implanté dans le nord de l’Europe – la Fédération colombophile française compte 8 000 membres –, aux Etats-Unis et en Asie, avec rappel historique, immersion dans les coulisses de la course à 1 million de dollars et dans la Pattaya International Pigeon Race, en Thaïlande, propriété d’un milliardaire.

Le scénario bénéficie des meilleurs ingrédients : l’argent et son lot de trahisons ; la peur – le stress dans les courses est palpable ; puis le drame, imprévisible. Le tout est servi par une mise en scène parfois décalée – un obèse tombe d’un banc – et des images soignées. La bande-son, quant à elle, oscille entre la mise en musique d’enchères en chinois, tel un rap sur clavecin, et du rock thaïlandais.

Ainsi appareillé, le film brosse, en creux, le portrait de milieux sociaux hétéroclites : celui du couple Ganus, dans l’Indiana, connu « comme le loup blanc » pour avoir gagné le fameux million ; celui du Belge Remi Gyselbrecht, qui a séparé sa maison en deux : une moitié pour les humains, l’autre pour les pigeons ; celui du docteur Henk de Weerd, un vétérinaire néerlandais spécialisé dans les pigeons, qui lutte contre les épidémies, fléau de ces courses de masse…

C’est en Irlande que l’on croise le personnage le plus attachant. Dans un lotissement ouvrier, John O’Brien, homme à tout faire, la trentaine, est éleveur « de deux enfants et [de] soixante pigeons ». La caméra le suit plusieurs mois, actif, volontaire, dépensant le peu qu’il a pour ses volatiles. Il va convaincre les membres de son petit club local de participer à la course à 1 million. « Si mes pigeons gagnaient, dit-il, cela réglerait tous mes problèmes familiaux. Je repartirais de zéro. »

Une course, des pigeons et des millions, de Gavin Fitzgerald (Ir., 2021, 91 min). Sur Arte.tv jusqu’au 29 avril 2026.



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