chronique animée d’un quartier romain

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« Ce monde ne m’aura pas », série d’animation créée et réalisée par Zerocalcare.

NETFLIX – À LA DEMANDE – SÉRIE D’ANIMATION

Le titre original de Ce monde ne m’aura pas se traduit exactement par « ce monde ne me rendra pas méchant » (Questo mondo non mi rendera cattivo), déterminant précisément l’enjeu de cette chronique romaine contemporaine, qui cherche un antidote efficace à la haine, un assouplissant qui empêcherait la colère de tout envahir. Auteur de bande dessinée devenu réalisateur de cinéma d’animation, Zerocalcare (né Michele Rech, il a choisi son pseudonyme au détour d’une publicité pour détergent) pratique une forme fondée sur l’autofiction, libérée du poids de la réalité par la grâce du trait dessiné.

Son premier long-métrage, La Prophétie du tatou (2018), étant resté inédit en salle, on l’a découvert en France sur Netflix en 2021 avec A découper selon les pointillés, dans lequel il mettait en scène le quotidien d’un dessinateur romain affligé d’une paire d’amis – Secco, quasi asocial, et Sarah, brutale et gracieuse – presque aussi pénibles que lui, ainsi que d’une conscience qui se manifestait à lui sous la forme d’un tatou géant et sentencieux. On retrouve ce noyau historique dans Ce monde ne m’aura pas, plongé cette fois dans le chaudron italien des années 2020.

Zerocalcare et ses amis ont grandi dans un quartier de l’est de Rome qu’un personnage finira par décrire comme un « trou noir » à l’attraction duquel il est impossible de se soustraire. Certes, notre héros n’y habite plus, mais il continue de s’y rendre, pour voir ses amis et aussi en espèce de charognard, arrachant des morceaux de quotidien pour nourrir ses récits. Les malheurs de l’histoire (et la fortune du scénariste) font qu’un centre d’accueil pour migrants a ouvert dans le voisinage, suscitant une floraison d’affiches xénophobes sur les murs. Quelle que soit l’énergie que mettent Zerocalcare et ses amis à les arracher, elles reviennent sans cesse. Revient aussi Cesare, ami d’enfance qui avait quitté le quartier pour se soigner de son addiction à l’héroïne.

Valeurs de l’après-guerre

Tout cela pourrait être d’une simplicité enfantine : contre les fascistes (que notre narrateur appelle « nazis », puisque le système mussolinien a réintégré le champ du débat politique italien), le quartier retrouve les valeurs de solidarité de l’après-guerre, les personnages arrivent par le combat politique à trouver leur place dans le monde, et Cesare redevient l’ami qu’il n’avait en fait jamais cessé d’être.

Hélas pour ses interlocuteurs (le récit prend la forme d’un long interrogatoire de police), heureusement pour ses spectateurs, Zerocalcare a tendance à tout compliquer. A se poser la question de la légitimité de la violence, de sa propre légitimité aussi, lui qui est devenu une quasi-célébrité menant une vie confortable. A se demander ce qu’il faudrait faire pour Cesare, endurci par ses années passées en dehors de la société…

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