Bientôt tous soignés par des algorithmes? Comment Google parie sur l’IA pour mettre un pied dans les hôpitaux

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Le géant de la tech compte sur son IA spécialisée dans la santé, Med-PaLM-2, pour investir les hôpitaux et damer le pion à ses concurrents, dont Microsoft et OpenAI. Une course qui n’est pas sans risques – ce dont l’entreprise assure être consciente.

Accepteriez-vous de confier votre santé à un algorithme? La technologie n’en est pas encore là, mais les géants de la tech y travaillent. Google en particulier espère mettre un pied dans les hôpitaux en y appliquant la nouvelle technologie à la mode: l’intelligence artificielle générative. Le but: assister les professionnels de santé, mais aussi devancer ses concurrents… et éviter les nombreux risques éthiques et juridiques sur le chemin.

Parmi les atouts de l’entreprise: Med-PaLM-2, un chatbot d’IA générative entraîné spécialement sur des questions de santé. L’algorithme, dévoilé par Google en mars, peut générer des réponses à des questions, mais aussi résumer des documents et organiser des données de patients. Le but: obtenir des résultats plus fiables qu’avec des chatbots généralistes comme ChatGPT. Med-PaLM-2 aurait ainsi obtenu 85% de bonnes réponses à un examen de médecine américain, selon Google.

Et le logiciel est déjà entré en phase de test grandeur nature. La Mayo Clinic, un réseau d’hôpitaux américains parmi les meilleurs au monde, teste Med-PaLM-2 dans ses services depuis avril, selon des sources citées par le Wall Street Journal. L’un des objectifs: faciliter l’exploration des données des patients, en créant un moteur de recherche dédié réservé à l’hôpital. Google n’a pas encore annoncé de déploiement plus large à l’avenir.

Évacuer les tâches administratives

Faut-il s’attendre à une révolution? Après tout, la médecine utilise depuis des années l’IA et le machine learning. Analyser des radios, trouver le point de départ des cancers d’origine inconnue… Les applications n’ont pas attendu l’IA générative pour être de plus en plus nombreuses.

Mais les IA génératives comme celle de Google apportent de nouvelles possibilités. En particulier sur des usages a priori anodins: accélérer les tâches administratives. Retranscrire automatiquement la discussion entre un médecin et son patient, résumer les points importants et les entrer dans le dossier du patient… Un processus qui pouvait prendre plusieurs heures aux médecins peut alors être réglé en quelques minutes grâce aux nouveaux logiciels dopés aux “grands modèles de langage”, et ainsi laisser plus de temps pour les consultations et l’analyse humaine.

Les patients pourraient aussi y trouver directement leur compte. Les réponses de chatbots comme Med-PaLM-2 et ChatGPT sont majoritairement jugées plus empathiques que les réponses de médecins, selon deux études publiées respectivement par Google et par des chercheurs de l’université de San Diego. En résumant les consultations de manière synthétique et claire, les modèles de langage pourraient aussi limiter les oublis et intégrer plus étroitement le patient à son parcours de soin.

Démocratiser l’accès à l’information médicale

Un marché prometteur qui attire les convoitises. Le secteur est déjà investi par de nombreuses startups, en particulier en matière d’accompagnement sur les tâches administratives. Et bien sûr, d’autres géants de la tech comptent sur l’IA pour s’y faire une place. En particulier Microsoft, via son partenariat avec OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT.

Sa dernière version, GPT-4, aurait elle aussi obtenu plus de 80% de bonnes réponses à un examen de médecine américain, selon une étude. Microsoft a également racheté Nuance, une entreprise spécialisée dans le domaine, pour près de 20 milliards de dollars, et va y infuser les technologies développées par OpenAI – toujours pour assister les médecins dans les tâches les plus machinales.

Pour Google, ce n’est que le début. “L’IA pourrait démocratiser l’accès à l’information médicale experte dans le monde entier”, explique à Tech&Co Zoubin Ghahramani, vice-président de Google DeepMind, l’une des principales unités de recherche en IA du groupe. En particulier dans les pays qui manquent de docteurs, selon un mail interne cité par le Wall Street Journal. Et pourquoi pas, à terme, pour fournir un diagnostic à la place de l’humain.

Un secteur extrêmement sensible

Mais la plupart des spécialistes comme des entreprises d’IA s’accordent à dire que les algorithmes sont encore très loin de remplacer les praticiens humains. La santé est un secteur à haut risque, très régulé, et qui ne peut pas s’accommoder de chatbots qui génèrent des réponses erronées – au risque de mettre en danger les patients.

Si Med-PaLM-2 est jugé plus empathique, il inclut toujours plus d’informations erronées ou inutiles que les médecins humains, selon la même étude de Google. Et de nombreux exemples passés rappellent que les algorithmes peuvent donner des résultats discriminatoires: en 2019, une étude révélait déjà qu’un algorithme chargé d’évaluer l’urgence des soins dans des hôpitaux américains sous-évaluait constamment les besoins des patients afro-américains par rapport aux blancs.

C’est pourquoi Google comme Microsoft insistent sur un déploiement mesuré de ces technologies. “Nous voulons être très prudents et responsables dans la manière dont nous utilisons un outil aussi puissant que l’IA générative, en particulier dans la santé”, insiste Aashima Gupta, directeur mondal de la stratégie en matière de santé chez Google Cloud, auprès du média américain CNBC.

La sécurité des données personnelles est aussi un enjeu crucial, en particulier pour les données de santé. Google assure que les données soumises à Med-PaLM-2 dans le cadre des tests sont chiffrées, et qu’elles ne sont ni enregistrées ni utilisées pour entraîner le modèle, selon le Wall Street Journal.



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