Au Kenya, six morts dans des manifestations antigouvernementales interdites

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Des manifestants dans une rue du quartier de Mathare, à Nairobi, le 12 juillet 2023.

Les Kényans sont frappés de plein fouet par les hausses de prix et des taxes. Six personnes ont été tuées, mercredi 12 juillet, dans plusieurs villes du Kenya lors de manifestations antigouvernementales interdites par les autorités contre l’introduction de nouvelles taxes.

« Des vies ont été perdues, des dizaines d’agents de la force publique et des civils ont été grièvement blessés, et des pertes inimaginables pour l’économie du pays ont été occasionnées », a déclaré dans un communiqué le ministre de l’intérieur, Kithure Kindiki, dénonçant « la violence généralisée » et « les pillages ». « Cette culture de l’impunité va prendre fin », a-t-il prévenu.

Une source policière, qui a requis l’anonymat, avait fait état auparavant de « trois morts à Mlolongo » près de la capitale Nairobi, « où un groupe de manifestants avait bloqué la route pour protester, et nous en avons aussi deux autres à Kitengela et un à Emali », respectivement situées à 30 kilomètres et 120 kilomètres au sud de la capitale. Le bilan a été confirmé dans ces trois villes par une autre source policière.

« Certains [émeutiers] ont été tués » lors d’une « confrontation avec des policiers déployés pour réprimer les émeutes », a déclaré la première source policière.

Affrontements

Mercredi, tout le long de la journée, les rassemblements dans plusieurs villes du pays ont été émaillés d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, les premiers lançant des pierres, les seconds répliquant par des tirs de gaz lacrymogènes, notamment dans le bidonville de Mathare, à Nairobi. La police a également fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants dans la ville portuaire de Mombasa (Sud).

Des officiers de police kényans arrêtent un partisan de l’opposition lors de manifestations à Nairobi, le 12 juillet 2023.

A l’origine de la mobilisation antigouvernementale, le vétéran de l’opposition kényane, Raila Odinga, plusieurs fois candidat malheureux à l’élection présidentielle, avait accusé plus tôt dans la journée la police d’avoir « tiré, blessé et tué des manifestants », notamment à Nairobi.

« Ces rassemblements se déroulent pacifiquement jusqu’à ce que la police décide de les disperser avec des balles et des gaz lacrymogènes », a-t-il également affirmé au cours d’une conférence de presse.

La police tire des gaz lacrymogènes dans le quartier de Mathare, à Nairobi,  le 12 juillet 2023.

Dans le bidonville de Kangemi, en banlieue de Nairobi, près de cinquante enfants ont été hospitalisés après que des gaz lacrymogènes ont été tirés près de leurs salles de classe. Certains ont été évacués inconscients mais ils « sont tous dans un état stable », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) le responsable d’un centre de santé où les enfants ont été conduits.

Rassemblements interdits

Mardi, le chef de la police nationale avait interdit les rassemblements prévus ce mercredi par l’opposition, au motif que cette dernière n’aurait pas prévenu les autorités.

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Ces incidents interviennent quelques jours après d’autres manifestations meurtrières contre le gouvernement du président William Ruto dans plusieurs villes du pays. Selon le ministère de l’intérieur, au moins six personnes ont été tuées vendredi dernier au cours de ces rassemblements, organisés à l’appel de Raila Odinga. A Nairobi, la police avait tiré des gaz lacrymogènes contre son convoi. Elle avait fait de même pour disperser des rassemblements à Mombasa (Sud) et Kisumu (Ouest).

« Nos activités sont protégées par la Constitution, qui garantit les droits de protester, de manifester, de se rassembler et d’exprimer des revendications », a déclaré à l’AFP le porte-parole de M. Odinga, Dennis Onyango.

Raila Odinga a été battu par M. Ruto à la présidentielle d’août 2022, mais M. Odinga conteste sa défaite. L’alliance d’une vingtaine de partis qu’il dirige, baptisée Azimio La Umoja (« En quête d’unité »), entend organiser des manifestations chaque semaine contre la politique menée par le gouvernement.

Début juillet, le président Ruto a promulgué une loi de finances qui instaure une série de nouvelles taxes, malgré les critiques de l’opposition et de la population de ce pays touché par une forte inflation. Le texte prévoit notamment une hausse de la TVA sur les carburants de 8 % à 16 %, ainsi qu’un impopulaire prélèvement sur les salaires afin de financer un programme de logement à bas prix.

Le Monde avec AFP



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