81 % des Français doutent, 27 % disent stop

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Alors que le plus populaire des sites pour adulte dépasse le trafic de Facebook en France, une étude inédite de l’IFOP pour 01net dresse un état des lieux important sur la pornographie, à quelques heures d’un vote fatidique. Sera voté demain le système de « double anonymat » qui a vocation à éloigner les mineurs du milieu du X. Les Français ont donné leur avis sur la question et partagé leur expérience.

Le blocage imminent de 5 sites pornographiques en France sera confirmé ou non demain, vendredi 7 juillet 2023. Selon une étude inédite de l’IFOP pour 01net, la majorité des Français n’y croient pourtant pas. Le dispositif, voté par le tribunal judiciaire de Paris, doit permettre un meilleur encadrement et protéger notamment les mineurs. Or l’efficacité du blocage et la possibilité d’un Etat à réguler l’accès aux sites X font partie des mesures sur lesquels les Français sont les plus dubitatifs, tant il s’agirait d’une atteinte au respect de la vie privée, qu’il est difficile de bloquer un site internet et que les effets secondaires pourraient être pires pour les jeunes.

Comme le montre l’étude, le doute partagé par 81% de l’ensemble des Français interrogés n’exclut pas que 74% restent totalement favorables, sur le papier, au système de « double anonymat » pour renforcer les conditions d’accès aux sites pour adulte.

Sur un échantillon de 2 006 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, les femmes ont répondu plus favorablement que les hommes, à 74% contre 68% respectivement. Le sujet a pendant longtemps fait débat, jusqu’à être intégré dans le projet de loi sur le numérique, porté par le ministre délégué Jean-Noël Barrot. « Il aura fallu attendre une quinzaine d’années depuis l’apparition des premiers sites pornographiques en ligne pour que les pouvoirs publics s’attellent réellement à en interdire l’accès aux mineurs » commentait pour sa part François Kraus, le directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l’IFOP.

Profil des Français concernés, solutions de détournement du blocage, motivation pour arrêter une consommation de vidéos toujours plus compromettantes pour le rapport à notre corps et aux pratiques sexuelles… l’étude de l’IFOP pour 01net dévoile un état des lieux du porno en France, avec une comparaison inédite sur les 10 dernières années de l’évolution de l’âge moyen des jeunes lors de leur première expérience avec les sites X.

Les Français donnent leur avis

Entre les doutes et l’adhésion générale de la mesure de protection sur le papier, la réalisation du blocage des sites pour adulte en France a de quoi alimenter les craintes de répercutions tel que d’un risque d’augmentation des agressions sexuelles pour ceux qui seraient privés de vidéos. C’est en tout cas ce que pense près d’un Français sur deux (47%). D’autres raisonnent plutôt en matière de respect de la vie privée, et même s’ils se montrent d’accord à l’idée de trouver un moyen de bloquer les accès aux mineurs, le respect de la vie privée leur pose problème (62%).

Etude IFOP 01net site porno france blocage mineurs

Cela dit, la principale raison des doutes sur la mise en pratique de la mesure concerne la capacité des jeunes à trouver des solutions de contournement des systèmes de protection et le risque que les jeunes se tournent alors vers des sites non réglementés « au contenu plus choquant que les grands sites pornographiques actuels » (78%). En revanche, quand il est question de devoir se plier au nouveau système et vérifier son identité, seulement 18% se disent « certains » à souscrire. Les principaux motivés sont les utilisateurs quotidiens, avec une large prédominance : 43% contre 15% pour les utilisateurs mensuels.

« Si la volonté d’imposer une telle politique restrictive n’est pas un vœu pieux, elle est annonciatrice d’une révolution chez les amateurs de pornographie – et donc pour les sites eux-mêmes – dans les années à venir. Révolution déjà à l’œuvre chez jeunes hommes notamment qui s’orientent aujourd’hui vers des formes de consommation plus interactives via des sites de webcam ou des plateformes comme OnlyFans », commentait François Kraus.

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Qui sont les Français qui consomment du porno ?

Comme dans le monde, les sites pornographiques font partie des plus visités en France. L’un d’eux se classe d’ailleurs en quatrième position cette année, devant Facebook et Wikipédia. De quoi mesurer l’ampleur du porno en France. Mais qui sont les consommateurs ? Dans l’étude IFOP pour 01net, on distingue bien la part majoritaire d’hommes dans le trafic des sites face aux femmes, et la popularité des sites pour adulte comparé aux films, aux contenus audio tels que les podcasts ou que les livres.

Ainsi, 74% des répondants de l’étude ont indiqué avoir déjà visité un site pornographique du côté des hommes, quand la mesure tombe à 37% chez les femmes. Les vidéos en direct en « cam », moins populaires, ont là encore une part prépondérante d’hommes : 29% contre 7% chez les femmes. Le seul média où la part de femmes et d’hommes reste particulièrement équilibrée est le livre érotique (42% de Français en ont déjà consulté dans leur vie, contre 37% pour les Françaises).

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Chez les jeunes, principales cibles de la mesure du blocage des sites pornographiques, l’âge moyen d’accès à la première vidéo porno est particulièrement alertant quand on compare la mesure sur les dix dernières années. L’Institut IFOP avait pu poser la même question en 2013, et l’on constate aujourd’hui que l’âge moyen de la première expérience sur un site pornographique est passé de 15,7 ans à 15,3 ans. Cette moyenne cache une donnée encore plus sensible : la part d’hommes amateur de porno à avoir réalisé leur première expérience sur un site X quand ils avaient entre 8 et 12 ans a été multipliée par 3.

VPN, arrêt du porno : les stratégies des Français

Si la mesure de double anonymat prenait place sur l’ensemble des sites pornographiques disponibles, que feraient les Français ? Plusieurs solutions de stratégie de contournement sont sorties du lot et il est intéressant de constater la part de ceux qui se diraient prêts à arrêter de consulter des sites X : 27%. Chez les femmes, la part est même de 41%, contre 19% pour les hommes.

Le recours à un réseau virtuel privé (VPN) est une autre stratégie particulièrement populaire, tant 11% des répondants ayant déjà visité un site pour adulte dans leur vie l’ont évoqué. En alternative aux VPN en France, d’autres envisageaient aussi de passer par un outil permettant de changer le DNS (Domain Name System). Pour ceux qui ne se voient pas de passer par une solution informatique comme celles-ci, alors la possibilité d’usurper l’identité d’un proche majeur ou d’une personne sur Internet se présente pour 8% des répondants.

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Les impacts négatifs du porno

Sans rentrer dans le détail de l’impact à l’échelle de la société, notamment sur les rapports hommes-femmes, l’étude IFOP pour 01net souligne l’impact négatif du porno sur les Français dans leurs relations intimes, avec eux-mêmes et leur partenaire. Les répercutions touchent les femmes comme les hommes, quand il est question de taille de pénis ou de seins (30% des hommes et 22% des femmes), et de forme de sexe (18% des hommes et 14% des femmes). Pour les femmes, la forme du corps serait l’un des principaux complexes, alors qu’elles répondaient plus favorablement que les hommes sur cette question : 33% contre 22%.

Sur les compétences, là aussi, la capacité à faire jouir fait naître beaucoup de frustration et de complexe comme le montrent les chiffres : 29% des hommes et 17% des femmes de 18 ans et plus auraient déjà complexé devant un film pornographique. Pour tenter de dépasser cet état, beaucoup choisissent pourtant de réaliser les mêmes positions et scènes vues dans les vidéos pornographiques dans la réalité, à l’échelle d’un homme sur deux et près d’une femme sur trois.

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